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samedi 15 juillet 2017

LA FILLE QUI A SURVECU A UNE PHONE DETOX

(by Fal-bla-bla)


NDLA: article publié le 7 août 2016, puis supprimé et republié près d'un an plus tard, parce qu'il n'est pas mal après tout et que la flemme d'écrire... ^^



 D’abord, laisse-moi planter le décor avant de tout t’expliquer en détail.
Munis-toi d’une tisane et n’oublie pas de couper ton téléphone aussi, car ça risque d'être long, très long.



Ne te méprends pas, au début de l’histoire, La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox, ne le portait pas vraiment dans son cœur ce téléphone dont tout le monde lui parlait. Parachutée dans la  ville de ses vacances une fois le bac obtenu, elle fut contrainte d'y céder par quelques considérations d’ordre logistique, comme se retrouver coincée en bas de l’immeuble à la pause déjeuner, de capituler lâchement et de s’armer du précieux objet. Elle qui au lycée regardait avec beaucoup de dédain les « frigos » que ses camarades exhibaient fièrement, préférant la fraicheur d’ICQ et autres IRC à la désuétude des « sms » ; et les « ondes », n’en parlons pas ! Elle rassura d’ailleurs vite ses nouveaux camarades de classe surpris par cette fille bizarre qui venait d’horizons lointains et affichait, qui plus est, un mépris profond pour la technologie cellulaire. C’était déjà ça de pris.

Et on se faisait banner, on était des thugs, des vrais!"

Le Nokia 3310 entra ainsi dans sa vie. Tu te rappelles, n’est-ce pas ? Elle n’y vit au départ qu’un accessoire de mode aux coques interchangeables qu’il fallait actualiser régulièrement sous peine de passer pour un ringard. Ludique aussi, ce téléphone disgracieux sur lequel on passait des heures à jouer à « Snake ». Allez, avoue, toi aussi tu étais accro ! Peu à peu, le « portable » donna le ton de sa vie sociale, les sms fonctionnels devinrent des textos amicaux, peuplés de smileys et d’abréviations superflues ; l’échange des « 06 » rythmèrent les interactions faciles. Les portables se succédèrent à une vitesse déroutante et la transformèrent en Dom Juan technologique, sans honte ni remords, passant de Nokia à Motorola et de Samsung à HTC, du clapet au stylet ; aucune nouveauté ne devait lui échapper. Tout à fait obscène, j'en conviens.

"Pokémon who?"

L’achat du premier iPhone ouvrit une nouvelle ère, dominée par le besoin constant de rafraichir des timelines, de s’adonner assidûment au food porn et de divertir un auditoire également friand de l’art de la mise en scène virtuelle qu’offraient ces nouveaux moyens de communication.
La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox devint celle qui vouait désormais un culte à un rectangle câblé, clignotant et vibrant. 

Apéro du vendredi soir. Une tablée rit aux éclats, les verres s’emplissent et se vident avec la régularité du métronome, les anecdotes s’échangent et les sourires se dessinent sur des visages soulagés par la fin d’une semaine harassante. Quelque part, au bout de la table, une fille aux ongles vernis détonne avec le cadre empreint d'uen admirable discipline sociale: elle pianote, l’air distant, sur un écran rendu flou par les va-et-vient hyperactifs de ses phalanges expertes. Elle répond, retweete et like comme si c’était son gagne-pain. Elle t’agace mais elle est accro. Rien de personnel.

On en a toutes été là... Avoue !

Et puis vint le moment de la prise de conscience, un truc général, pas grand chose à voir avec le téléphone en substance : une remise en question de la façon dont on interagit et des choses qu’on s'inflige. Une fois de plus, il n'y avait là rien de personnel, elle fit simplement le choix du réel: distendre les liens devenus virtuels pour mieux  les reconstruire ou les voir se dissoudre à jamais. Elle en prit le risque, opta pour le mode « avion », option wifi (faut pas pousser !). L’expérience pouvait commencer : elle offrait une forme de détachement salutaire et des anecdotes fort instructives. 

Au départ, La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox n’y vit que des avantages : jamais sa batterie n’avait été aussi discrète et docile. Les sonneries intempestives au travail ? Oubliées ! Elle arriva à l’heure à ses rendez-vous, à l’ancienne, diraient certains. Mais oui, comment faisait-on avant ?! La lecture se fit désormais dans le silence et les sessions musicales improvisées cessèrent d’être interrompues par des textos tonitruants. Son pouce droit sur-sollicité retrouvait enfin souplesse et vélocité. Fini aussi  le multi-tasking qui épuise les synapses et émousse l’attention ! 


Et puis, bien malgré elle, La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox se mit à tirer des leçons de situations banales qui révélèrent des vérités jusqu'alors insoupçonnées.

Sais-tu, par exemple, que la communication virtuelle prime les conversations réelles ? Une collègue t'invitera par texto à un festival. Tu ne pourras évidemment y répondre, interagissant toutefois des jours durant avec l’auteure de l’invitation avant de lui demander au détour d’une conversation et de façon tout à fait intuitive: « Dis, tu ne m’aurais pas envoyé un texto ? » , découvrant ainsi avec stupéfaction que la peur qu’il y ait eu là une ignorance délibérée de la requête, plus communément appelée « vent », avait poussé cette collègue à éviter de mentionner l’invitation en personne, poussant alors le qui pro quo aux limites du réel et de la logique.
Et du comique aussi.
 
Elle apprit également qu’une absence volontaire sur les réseaux sociaux était perçue comme une sorte de harakiri social : on ne manifeste son existence que pourvu de consentir à participer à la valse inlassable des likes, qui se mène au gré des changements de photos, des anniversaires, des soubresauts de l’actualité et des déclarations solennelles qui, un jour, promis, finiront par changer le monde. 

"B* please!"

Il lui fut également donné de constater qu’une fois le flux de missives digitales réduit à coup de « Oops ! Mon téléphone est coupé. » et de « Ah, j’ai pas vu ton texto : je suis en mode avion ! », les prises de contact ne s’accompagnaient guère plus des salamalecs mécaniques d’antan : le sms était redevenu fonctionnel, il entravait la communication qu’il semblait pourtant libérer auparavant.

Il y en eût qui prirent le parti de provoquer des rencontres IRL induisant une communication directe et authentique. Tout cela était rafraichissant. Et là, tu te dis, « la boucle est bouclée ».
Et tu as bien raison.
La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox en vint à la même conclusion. Il lui était dorénavant permis d’apprécier jusqu’à la substantifique moelle les interactions sincères, de nouer de nouveaux liens basés sur une communication plus saine. De faire le tri en somme.

Il fut fait, au prix de situations cocasses, de charmants malentendus, de réponses intervenant à contretemps, chamboulant la douce symphonie téléphonique savamment orchestrée et servant de bande originale à des rapports systématisés ;  mais aussi au prix d’éloignements qui semblaient alors malheureux. Elle tint quatre semaines (on dit bien qu'il en faut trois pour adopter une nouvelle habitude): un mois d’une liberté, d’abord teintée d’appréhension, et qui, devenue addictive, finit par s’avérer riche en enseignements.

Ce fut drôle et instructif. Libérateur et cathartique : il y eut dans la destruction des anciennes idoles et des vieux réflexes une grande dose de jubilation et le sentiment d’une prise de contrôle nécessaire, accompagnée d’un regain de légèreté inattendu. 

Il était alors temps de renouer avec ce téléphone largué un soir de printemps, sur un coup de tête, avec une idée plus juste de ce à quoi il devait vraiment servir et, bien sûr, quelques rechutes drolatiques en chemin.

En fin de compte, La Fille Qui A Survécu A Une Phone Détox ne regrette rien. Bien au contraire. 

Elle t’invite même à te lancer, et, surtout, « on se tient au jus ! »

BiZ

;)

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